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Pigalle, une nouvelle donne ?

 

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Bar branché à SoPi !

Pigalle est à quelques encablures de Barbès et l’interaction entre les deux quartiers via le boulevard de Rochechouart est certaine. La Cigale, le Trianon, l’Elysée Montmartre ne font-ils pas le lien ? Regardons le quartier de Pigalle tel qu’il se présente aujourd’hui.

Voilà quelques semaines que des articles publiés pour certains dans des journaux prestigieux nous parlent de ce que serait le nouveau visage de Pigalle côté 9e arrondissement : SoPi soit South Pigalle.

Cela commence le 8 Novembre dernier avec un article paru dans la Sunday Review du très sérieux mais aussi très conservateur The New York Times qui, en présentant les changements intervenus dans le quartier, introduit l’idée que les branchés, les "hispsters", les bobos, tueraient l’esprit du lieu.  Ce qui n’a pas manqué de faire réagir Les Inrocks dans un article acide cinq jours plus tard, critique reprise, mais de façon moins brutale, par le magazine Glamour - Enfin, c'est le JDD.fr qui fait le point le 26 novembre avec un article intitulé "Pigalle, le nouveau Marais ?"

Plus près de nous, le mensuel Georges & Lorette nous a présenté le nouvel aspect de Pigalle dans son numéro 1 d’octobre 2013 sous le titre « South Pigalle, le temple de la nuit » et a également évoqué le sujet dans son numéro 3 de décembre 2013 avec le récent élu maire de la nuit, Clément Léon R.

Que nous disent ces journaux sur le « nouveau » Pigalle ? Que les bars dits « à hôtesses » ont quasiment tous disparu et ont été remplacés par des endroits plus « fréquentables », branchés, en clair que la prostitution qui y sévissait s’en est allée, faisant perdre, pour certains, son cachet à Pigalle.

Sans revenir trop en arrière, l’évolution du quartier pour devenir ce qu’il est aujourd’hui a commencé il y a une vingtaine d’années.

Coupé en deux par la rue de Châteaudun alors avec un coefficient d’occupation des sols très différent du côté Nord (Montmartre) et du côté Sud (Grands Boulevards), le 9e a vécu à la fin des années 1990 et au début des années 2000 un changement profond avec le départ des banques, des sociétés d’assurance et du siège de la SNCF qui ont laissé la place lentement mais sûrement à d’autres activités comme le montre l’installation de Google, de la fondation Mozilla (mère du navigateur Firefox) par exemple, mais aussi à des habitants au profil sociologique différent de ce qu'il était jusqu'à lors. Symbole de ce changement, l’arrivée en fanfare dans ces années-là du Figaro boulevard Haussmann et de L’Express rue de Châteaudun après le départ au milieu des années 1980 du Monde de la rue des Italiens. L’arrivée de la gauche à la mairie du 9e en 2001, créant écoles et crèches, qui étaient bien nécessaires, a amplifié le phénomène, les familles trouvant là des facilités dans un arrondissement au charme certes discret mais réel. La fameuse « gentrification » était en route et ne pouvait pas ne pas avoir un impact sur le quartier de Pigalle, d’autant que le même phénomène se déroulait côté 18e, aux Abbesses.

paris,pigalle,boboUn coup fatal a été porté à Pigalle au moment de la restructuration de la place au milieu des années 2000. Dans la logique des travaux de réaménagement des boulevards de Clichy et de Rochechouart, la place Pigalle a subi une profonde retouche qui l’a transformée en gare routière pour autobus de la RATP. Le fameux petit jet d’eau s’est vu amputé de son petit jardin et de sa grille historique pour devenir, la plus grande partie du temps, le réceptacle des canettes de bière et autres sodas sans parler des papiers gras. La destruction du café historique "La nouvelle Athènes" au n°9 de la place, remplacé par un immeuble au style blockhaus, puis l'installation d'une agence bancaire en lieu et place d'un célèbre peep-show au n°7, ont parachevé le désastre.

 

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Immeuble blockhaus construit au 9 place Pigalle

 

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Une agence bancaire place Pigalle !

L’évolution des commerces dans le quartier a été, elle aussi, assez lente mais irréversible. Comme pour l’alimentation, les supermarchés ont tué le petit commerce. L’installation du fameux Sexodrome puis du Rebecca a asphyxié les petits sex-shops qui sont désormais en nombre très limité, tout comme la vidéo a tué les petits cinéma porno. A la place sont venus, par exemple, deux grands saunas mixtes, chics et chers dans lesquels le bain de vapeur n’est pas l’occupation principale. Bref, la « gentrification » a aussi concerné l’industrie du sexe à Pigalle.

II est incontestable que le nombre de bars à hôtesses a considérablement diminué. La pénalisation du racolage dans l’espace public a fait disparaître les prostituées du trottoir, notamment rue Frochot, et les bars ne correspondent sans doute plus à la demande de la clientèle actuelle. Les bars branchés pour clientèle bobo les remplacent petit à petit.

 

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Ici le fameux Dirty Dick, rue Frochot. Il a gardé son nom mais pas son activité

 

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Un bar à hôtesses en reconversion rue Frochot

Est-ce que tout cela est la cause de la perte de l’esprit de Pigalle ? Est-ce que cette « gentrification » qui se double d’une standardisation des modes de vie et donc des plaisirs a fait perdre son âme au quartier ? Certes, l’ambiance a changé. La mafia corse des années 1960 et les sex-shops aux néons agressifs des années 70/80 ont disparu. La vie d’un quartier est ainsi faite que les choses n’y sont pas éternelles et c’est sans doute tant mieux. Le vote d'un vœu en Conseil de Paris à l'initiative d'une élue de l'arrondissement ayant pour objet d'éviter la mono activité, comprendre éviter l'installation de bars branchés et bruyants à l'exclusion de toute autre activité, est certes une assez bonne idée mais sa mise en place reste très hypothétique quand on voit les difficultés rencontrées non loin de là, rue des Martyrs. 

La réalité, c’est que Pigalle, tout comme Montmartre, a souffert et souffre encore d’un mal qui lui est fatal : le tourisme. Bien sûr, Paris est dit-on la ville la plus visitée du monde. Bien sûr, les recettes du tourisme ne sont pas à négliger mais ici, son développement poussé à l’extrême, a plus sûrement tué l’esprit du lieu que les modifications sociologiques lentes des 20 dernières années.

Heureusement, il reste à Pigalle la musique. L’activité intense de la proche rue Victor Massé où l’on trouve quantité de magasins d’instruments de musique, la présence des Trois Baudets, du Divan du Monde, de La Cigale, du Trianon et, espérons-le, la réouverture de l’Elysée Montmartre, tout cela nous montre que le quartier reste fidèle à son passé, sait s’adapter en accueillant les musiques nouvelles et la jeunesse qui va avec. Mais le Pigalle de papa est mort.

 

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La rue Frochot relie la place Pigalle aux rues Henri Monnier et Victor Massé. La voilà très à la mode.

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Nota : dans les très anciennes archives de ce blog, en tapant "Pigalle" dans le moteur de recherche de la colonne de droite, vous trouverez des articles retraçant toute l'histoire de la place Pigalle.

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