Web
Analytics

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Rechercher : scmr

  • L’avis de la Haute Autorité de Santé à propos des SCMR

    La Haute Autorité de Santé (HAS), autorité publique indépendante, a publié le 24 Juillet dernier un avis à propos du projet de Décret gouvernemental mettant en place les salles de consommation à moindre risque (SCMR).

    Bien sûr, depuis l’avis émis par le Conseil d’Etat, les commentaires et recommandations de la HAS ne sont plus d’actualité puisqu’il faudra passer par une Loi. Il n’est néanmoins pas inintéressant de lire ce court document qui explique, voire justifie, la mise en place d’une SCMR dans le cadre de la politique de prévention des risques.

    On peut y lire notamment : « L’expérimentation sur les salles de consommation à moindre risque s’inscrit dans le cadre général de la politique de réduction des risques, menée en France depuis 1994, avec des résultats très satisfaisants … »  mais aussi « Les expériences internationales montrent également l’intérêt de prévoir au sein de ces salles d’injection des possibilités de prévention, de dépistage, voire de vaccination. »

    Au-delà des polémiques et des postures idéologiques, il est nécessaire de lire ce document qui contribue, par ses recommandations, à mieux comprendre un tel projet et aussi à faire en sorte que toutes les garanties soient données pour qu’il se fasse dans de bonnes conditions pour tout le monde.

     

    Avis HAS sur SCMR.JPG

    Cliquer sur l'image pour télécharger le document en PDF

    Et c'est avec plaisir que nous avons entendu cette semaine le Président de la République réaffirmer sa volonté de réaliser ce qu'il nomme "des projets de salles d'accompagnement à l'injection" précédés de la nécessaire mise à jour du cadre législatif en la matière.

     

    paris,scmr,prévention,réduction-des-risques,salle-de-conso

    Cliquer sur l'image pour l'agrandir

  • Drogues, réduction des risques, kézako ?

    Nous avons trouvé sur le site d'Euronews un article qui résume très bien ce qu'est la prévention des risques en matière de toxicomanie, les procédures à suivre pour réduire ces risques et les résultats que l'on peut en attendre. Tout justifie une telle action. Le projet de salle de consommation à moindre risque au 39 boulevard de La Chapelle fait partie de ces actions.

    La réduction des risques, qu'est-ce que c'est ?

     

    je supporte les SCMR.JPG

  • SCMR, que nous dit le Conseil d’Etat ?

    Le Conseil d’Etat a demandé au gouvernement d’inscrire le dispositif des salles de consommation à moindre risque (SCMR) dans la Loi. Rappel des faits.

    Dès le lancement du projet, il semble que les juristes du ministère de la Santé aient bien vu qu’il y avait un problème juridique d’incompatibilité entre l’interdiction de détention et d’utilisation de drogues et le fait de pouvoir en détenir et en consommer dans une SCMR. La question était de savoir si le cadre juridique permettant l’installation d’une SCMR pouvait être mis en place par Décret ou bien s’il fallait passer par une Loi ? Le Décret n° 2005-347 du 14 avril 2005 et plus particulièrement son préambule dit ceci : « Les acteurs, professionnels de santé ou du travail social ou membres d'associations, comme les personnes auxquelles s'adressent ces activités doivent être protégés des incriminations d'usage ou d'incitation à l'usage au cours de ces interventions…. ». Ce Décret n’a pas fait l’objet d’un rejet du Conseil d’Etat aussi était-il possible de penser qu’un Décret serait suffisant pour mettre le contexte juridique à jour. C’est ce projet de Décret qui vient d’être rejeté par le Conseil d’Etat.

    Que signifie ce rejet ?

    Le Conseil d’Etat dit le Droit. Le rejet n’est en rien un jugement sur le projet de SCMR lui même. Il dit que le changement de contexte légal permettant l’installation d’une SCMR doit passer par une Loi modifiant celle de 1970. Il convient donc de ne pas faire dire au Conseil d’Etat ce qu’il ne dit pas et il est désormais clair que la Loi de 1970 traitant des drogues est obsolète : elle a 43 ans et bien des choses ont changé en la matière depuis ce temps.

    On peut bien sûr regretter que les juristes du ministère n’aient pas vu le coup venir. Il y a au mieux de l’amateurisme, au pire de l’incompétence là-dedans. A leur décharge, disons que procéder par Décret avait l’avantage de la rapidité et de l’efficacité. A leur charge, que cela n’était pas démocratique, la représentation nationale n’étant pas consultée sur un sujet important.

    La vraie question reste politique.

    Quelle est la volonté du gouvernement de mener à bien ce projet, notamment dans un contexte pré-électoral compliqué pour lui en 2014 ? Le danger de la décision du Conseil d’Etat est là : que le gouvernement cale dans un souci électoraliste. Pourtant, d’autres ouvertures de SCMR sont prévues dans le cadre du programme 2013-2017, récemment adopté, concernant la lutte contre la toxicomanie.

    Les réactions à la décision du Conseil d’Etat n’ont pas manqué.

    Ceux qui sont contre le projet ont fait dire au Conseil d’Etat ce qu’il ne dit pas, mélangeant allègrement Droit et objectifs du projet dans un amalgame, disons-le, pas très honnête.

    Ceux qui sont pour, que ce soit les professionnels de la santé ou les associations, sont unanimes pour regretter cette décision, reportant à juste titre la responsabilité de celle-ci sur le gouvernement qui n’a pas fait à temps ce qu’il aurait dû faire. Vous trouverez ci-après quelques liens vous donnant une idée des réactions de chacun.

    L’association Action Barbès soutient ce projet de SCMR le jugeant utile pour le quartier d’abord, et au-delà, pour commencer à résoudre un problème de santé publique. Nous avons commencé un travail d’information sur ce sujet qui bien entendu ne va pas s’arrêter. Dans ce contexte nouveau, nous aurons aussi à cœur de maintenir la pression sur les politiques, à commencer par les élus parisiens, pour que le projet puisse aboutir rapidement.


    Les réactions :

    Les élus parisiens sur LePoint.fr

    Communique de presse de l'UMP

    Communique de presse de NKM Paris

    Interview de Remi Féraud

    Communiqué d'Alain Lhostis

    Réseau Français de Réduction des Risques

    Plateforme Mondiale Salles de Consommation

    Fédération Addiction

    Médecins du monde et Gaïa

    Communiqué de presse de l'hôpital Marmottan

    Dans la presse :

    Journalisme et santé publique

    Rue 89

    Libération

    Le Figaro

    France Inter

    Le Monde







     


  • SCMR – Intox / Désintox

    Le projet d’installation d’une salle de consommation à moindre risque (SCMR) au 39 boulevard de La Chapelle suscite beaucoup d’opposition, notamment de la part des riverains, mais pas seulement.

    Beaucoup d’informations circulent sur le sujet, certaines à peu près justes, certaines très approximatives ou incomplètes, certaines carrément fausses.

    Un conseiller d’arrondissement dans le 10e a déposé un vœu demandant l’arrêt du projet de SCMR par la Ville de Paris, vœu qu’il souhaitait faire adopter lors de la séance du conseil d’arrondissement du 7 octobre. Nous avons lu ce texte avec attention et il parait nécessaire de rétablir quelques vérités. Nous avons repris l’intégralité de ce texte et ajouté nos remarques après chaque considérant en italiques.

     oOo

    La mairie de Paris doit renoncer au projet d'ouverture d'une salle de shoot au 39 boulevard de la Chapelle !
    Considérant que l'Académie nationale de médecine, dans un avis rendu en janvier 2011, a solennellement et clairement indiqué que les salles d'injection ne réglaient en rien le problème de l'addiction des drogués

    L’objectif d’une SCMR n’est pas la résolution du problème de l’addiction des drogués mais celui de la prévention des risques liés à la consommation de drogues.

    Considérant que l'Ordre national des médecins a formulé la même analyse

    Cf. supra - Le Conseil National de l'Ordre des Médecins ne s'opposera pas à l'expérimentation des SCMR comme l’indique un article publié dans la revue Médecins de janvier/février 2013

    Il n’est pas inutile de rappeler aussi que tous les professionnels de l’addiction y sont favorables : la Fédération Addiction, la Fédération Française d’Addictologie, l’Association Française pour la Réduction des Risques, le Réseau Français de Réduction des Risques…..

    Considérant que ces structures ne servent en réalité qu'à camoufler le problème de l'usage de stupéfiants ;

    Encore une fois, il s’agit de prévenir les risques liés à la consommation de drogues (overdose, diffusion de virus, protection des populations par le traitement des seringues usagées qui aujourd’hui trainent dans la rue, …) en aucun cas faciliter la consommation de drogues

    Considérant que les moyens financiers importants (plus de trois millions d'euros) que la mairie prévoit de leur affecter seraient mieux employés à soutenir des lieux aidant les toxicomanes à sortir de leur dépendance ;

    Le premier montant officiel pour le fonctionnement de la SCMR alloué par la Ville de Paris est de 800 000€. Chacun sait qu’en matière de santé, la prévention coûte moins cher que le traitement et est donc source d’économies. Voir par ailleurs le rapport coût / efficacité.

    Considérant que le 10ème arrondissement en compte d'ailleurs un à l'hôpital Fernand Widal ;

    Les toxicomanes  qui circulent dans les rues proches de la future SCMR n’y vont pas

    Considérant que les risques de transmission de virus et autres problèmes de santé publics (sic) sont déjà pris en compte par la distribution de seringues, qui se fait en plusieurs endroits du 10ème arrondissement ;

    La distribution de seringues ne résout pas le problème de certains toxicomanes qui ne savent pas utiliser ces seringues correctement ou bien se font des injections dans la jugulaire, ce qui est très dangereux.

    C’est aussi vite oublier les seringues qui trainent dans les rues comme le montre cette photo de la rue Saint Bruno dans le 18ème.

     

    St Bruno 1 web.JPG


    Considérant que les expériences étrangères sont en réalité très mitigées et qu'elles ne démontrent notamment en rien que ces salles aideraient à faire reculer l'usage des drogues ;

    Encore une fois, le but d’une SCMR n’est pas de faire reculer l’usage de drogues, c’est prévenir les risques. A cet égard, il est faux de dire que les résultats sont mitigés. Nous avons publié le rapport du Consortium International sur les Politiques des Drogues.

    Toutes les études scientifiques montrent qu’il n’y a pas d’augmentation de l’usage de drogues avec les SCMR. L’argument consistant à dire que la SCMR favoriserait la consommation de drogues a déjà été utilisé lors de la mise en place des programmes d’échange de seringues et on connaît les résultats.

    Considérant que ces salles, à l'étranger, sont du reste installées dans des quartiers centraux, visibles, accessibles et très sécurisés afin d'éviter qu'elles ne fixent les problèmes, ce qui n'est d'évidence pas le cas du 39 boulevard de la Chapelle ;

    L’information concernant l’implantation des SCMR à l’étranger est spécieuse.

    Les SCMR a l’étranger sont installées sur ce qu’on nomme « les scènes » (lieux de consommation habituelle, de trafics….) pour être efficaces.

    Considérant que l'aveu du maire du 10ème arrondissement qu'il demandera l'affectation d'effectifs de policiers supplémentaires autour de cette salle démontre bien que des problèmes de sécurité sont à attendre ;

    La Préfecture de police de Paris, si on en croit les déclarations du commissaire du 10e, mettra en place une équipe dédiée de 30 personnes. L’affectation des forces de police est une réponse aux craintes légitimes de certains riverains afin de les rassurer et de montrer qu’ils ont été entendus.

    Considérant que les expériences menées à l'étranger montrent pourtant que le fonctionnement de ces salles ne peut se faire si une présence policière visible dissuade les drogués de les fréquenter, ces derniers restant porteurs de produits illégaux ;

    La question de l’incompatibilité entre l’interdiction de détenir / utiliser des drogues et son autorisation dans une SCMR est une contrainte juridique que les Espagnols ont très bien résolus à Barcelone en autorisant dans un périmètre bien établi autour de la SCMR et dans des quantités limitées le port et l’usage de drogues.

    Les policiers dédiés au projet seront formés de façon appropriée, nous dit la Préfecture de Police.

    Dans les pays où les SCMR sont implantées, les forces de l’ordre ont bien compris l’importance de ces structures et n’opposent pas ordre public et santé publique. Voir ce qui vient de se passer à Vancouver.

    Il est nécessaire de rappeler également le Décret n° 2005-347 du 14 avril 2005 approuvant le référentiel national des actions de réduction des risques en direction des usagers de drogue et complétant le Code de la santé publique et plus particulièrement le préambule : « Les acteurs, professionnels de santé ou du travail social ou membres d'associations, comme les personnes auxquelles s'adressent ces activités doivent être protégés des incriminations d'usage ou d'incitation à l'usage au cours de ces interventions…. ». Voir notre note « SCMR, que nous dit le Conseil d’Etat ».


    Considérant que ce projet, à cet endroit, est donc frappé d'une contradiction entre ses objectifs et ses méthodes

    Quelle contradiction ? En gros, les quartiers Lariboisière et Goutte d’Or sont les endroits où l’on trouve la plus forte concentration de toxicomanes dans Paris. Serait-il utile de placer la SCMR sur l’esplanade des Invalides comme le proposent certains ?

    Considérant qu'il s'agit en réalité pour ses initiateurs de préparer l'opinion, peu à peu, à une dépénalisation de l'usage des drogues ;

    Nous avons publié une interview à propos des questions liées à la prohibition et de ses effets pervers. Les politiques répressives menées depuis des décennies ont-elles résolu le problème ?

    Et les  « initiateurs », qui sont ils ? Ne sont-ils pas les professionnels de soins de santé qui sont déjà quotidiennement sur le terrain ?

    Considérant que ce quartier connaît déjà, notamment sur le boulevard Barbès, des trafics en tout genre ;

    Faire un lien entre trafics et SCMR est là encore un argument spécieux

    Considérant que le risque est donc grand d'ajouter un problème à un problème ;

    Considérant la question du sort des toxicomanes qui trouveraient portes closes du fait des horaires d'ouverture de la salle n'est pas résolue ;

    La SCMR ne fonctionne pas comme un libre-service. Les toxicomanes doivent s’y inscrire, accepter son règlement intérieur et connaitront parfaitement les horaires d’ouverture.

    Et c’est aussi croire que les usagers de drogues ne sont pas capables de s’adapter, de changer leur pratique (rôle éducatif et social)

    Considérant qu'il en est de même en cas d'insuffisance des capacités d'accueil ;

    L’association GAIA qui va gérer le projet annonce 5.75 personnes équivalent temps plein.

    Considérant que divers établissements scolaires et d'enseignement sont situés à proximité du 39 boulevard de la Chapelle ;

    N’y a-t-il pas déjà des toxicomanes qui consomment de la drogue en plein air près des écoles ? Et laissent leurs seringues par terre ?

    Considérant que les riverains, ainsi que tous les habitants de l'arrondissement, ont à plusieurs reprises, y compris par des manifestations publiques, fait part de leurs craintes et de leur opposition à ce projet sans jamais être entendus ;

    Considérant qu'une consultation publique organisée le 14 mars dernier a donné un taux d'opposition de 93 % à ce projet

    Les chiffres ci-après sont explicites :

    Nombre d'électeurs inscrits 10ème ardt. de Paris : 40.448

    Votants : 296

    Taux de Participation / Nbre d'électeurs inscrits 10e arr. Paris : 0,73 %

    POUR le projet : 16 voix

    CONTRE le projet: 280 voix

    Considérant que le Conseil d'Etat a récemment reconnu à des requérants le droit de contester l'autorisation d'ouverture de cette salle ;

    La décision du Conseil d’Etat n’est pas une décision sur le fond mais sur la forme : la requête est recevable, c’est tout ce que le Conseil d’Etat a dit.

    Considérant que le Tribunal administratif de Paris, dûment saisi, doit rendre un jugement sur ce sujet ;

    Considérant que la légalité de la décision d'ouvrir cette salle est hautement douteuse, que rien dans le droit français ne l'autorise et que, tout au contraire, la loi affirme le caractère pénalement répréhensible de l'aide apportée à la consommation de stupéfiants ;

    Le ministère de la Santé qui est le véritable porteur du projet dans le cadre de sa politique de prévention des risques liés à la consommation de drogues est en charge d’adapter, soit par Décrets, soit par la Loi, le contexte juridique. La légalité de la décision n’est pas douteuse. Ce qu’il faut adapter, c’est le contexte juridique. La récente décision du Conseil d'Etat dit qu'il faut passer par une Loi.

    Considérant que les élus qui se feront ainsi les complices ou les artisans de cette ouverture engageront leur responsabilité pénale.

    EMET LE VOEU QUE LA MAIRIE DE PARIS RENONCE A CE PROJET INUTILE, COUTEUX ET PERILLEUX AUTANT POUR LA SECURITE QUE POUR LA SANTE PUBLIQUES

    Proposition de vœu rejetée par le Conseil d’arrondissement du 10e du 7 octobre 2013.


  • Refusons les salles de shoot !

    La plate forme mondiale pour les Salles de Consommation à Moindre Risque (SCMR) nous a fait passer l'article ci-dessous. Sous une forme où se mêlent humour et provocation, il résume bien la situation telle que nous la vivons dans notre quartier.

    oOo

    Consommation de drogues et seringues usagées abandonnées dans des écoles maternelles, des parcs pour enfants, des cages d’escaliers, des caves, des locaux à vélos, des sanisettes et des bâtiments désaffectés qui laissent souvent apparaître un concentré de vie : sol recouvert de détritus, de morceaux de verre, d’emballages et bouchons de seringues, de seringues remplies de sang coagulé, de plaquettes de médicaments vides, de boîtes de bière extra-forte, de restes de nourriture, de papiers gras et d’emballages de restauration rapide, de cartons, de couvertures sales... Voilà à quoi ressemblent les salles de shoot !

     

    Alors OUI, refusons ces salles de shoot parce que ces conditions de vie d’hommes et de femmes sont inadmissibles et indignes d’une société moderne.

    Refusons ces salles de shoot parce que ce sont des lieux où tous les risques sanitaires et sociaux sont très élevés : infections par le VIH et les virus des hépatites, overdoses, dégradation de l’état de santé, anaphylactiques, phlébites, gangrènes, abcès, septicémies, candidoses, endocardites, problèmes pulmonaires, cutanés, digestifs et dentaires, fragilité psychologique, de santé psychique ou mentale, désocialisation, violence, petites délinquances… ;

    Refusons ces salles de shoot parce que ce terme cristallise un débat de santé publique et d’ordre public autour de la stigmatisation de la « tare morale » de l’usage de drogues par injection. Un débat qui engendre des réactions de peur, d’inquiétude et de rejet, qui sont elles-mêmes induites par des valeurs personnelles, des représentations, une méconnaissance, une imagination du « junky » obligatoirement sale, irresponsable, voleur, menteur, en marge de la cité… et empêchent toutes actions éthiques fondées sur un contrat social qui ne blâme pas les consommateurs de drogues ; un débat qui engendre des propos indignes de la part de certains hommes et femmes politiques qui, au lieu d’assumer leur rôle de responsable, afin d’améliorer la santé de leurs concitoyens, font obstacles aux soins de santé susceptibles de sauver la vie des personnes dépendantes, vivant dans la précarité.

    Refusons ces salles de shoot parce qu’il existe aujourd’hui, une solution pour améliorer les conditions de vie des usagers de drogues, mais aussi pour améliorer la paix sociale d’un quartier. Les salles de consommation à moindre risque ou plus exactement les structures d’accueil avec possibilité de consommer à moindre risque (dans notre jargon professionnel, SCMR). Ce dispositif expérimental, voulu par les professionnels de soins de santé intervenant dans le champ de l’addictologie et de la précarité, sont des lieux de soins de santé et de médiation sociale qui sont destinés aux consommateurs de drogues les plus précarisés.

    La pratique du terrain et les études scientifiques montrent les effets positifs de l'instauration de tels dispositifs : éviter la propagation du sida et des hépatites ; réduire les problèmes de santé découlant de la consommation de drogues et les coûts qui y sont associés ; rejoindre les usagers les plus marginalisés afin de leur offrir des services de santé, dont l’accès aux traitements de substitution, la désintoxication et l’accompagnement social ; éviter les surdoses mortelles ; réduire la consommation de drogues dans les lieux publics ; réduire la petite délinquance et réduire la présence de seringues usagées abandonnées. La question n’est donc pas d’être « pour ou contre les drogues », mais plutôt de savoir si nous sommes capables de nous interroger sur notre capacité à tolérer des toxicomanes dans notre société.

    Bien sûr, il y aura toujours un politique politicien ; une association cachant son incompétence par des coups médiatiques ; un comité national pseudo-scientifique ; un policier opposant santé publique et ordre public ; un « citoyen honnête » comme il se nomme, dépourvu de toute humanité ; un médecin « hyper-spécialisé » dont les seuls toxicomanes rencontrés étaient dans « Trainspotting » et même, un ex-« toxico » qui a réussi à se sortir de la drogue sans l’aide de personne… qui remettra en question les études scientifiques, ou qui argumentera son opposition en essayant de faire croire qu’il y aura un effet « pot de miel », d’incitation à la consommation et que ce sera la porte ouverte à la légalisation des drogues. Arguments qui ont déjà été soutenus en 1989, lors de la mise en place à titre expérimental des programmes d’échange de seringues (reconnus officiellement depuis 1995 dans le cadre de la politique de réduction des risques) et que plus personne ne remet en cause au vu de leurs résultats.

    Mais que proposent-ils ? Ne rien changer ? Et ainsi laisser les habitants d’un quartier avec ces nuisances quotidiennes ! La tolérance zéro pour les consommateurs ? Nous connaissons aujourd’hui l’échec de cette politique. De se dégager de toute responsabilité si une personne décède par overdose chez elle ou dans la rue ? De désintoxiquer les usagers ? Pour reprendre un propos imagé (et rectifié), « on ne lutte pas contre l’obésité d’une personne en lui interdisant de manger une barre de chocolat, mais en l’accompagnant, en la soutenant et en l’éduquant sur les bonnes valeurs alimentaires afin d’éviter les complications... ».

    Viser l’abstinence et la réinsertion des consommateurs de drogues est une démarche qui prend du temps. Pendant ce temps, autant faire le nécessaire pour que les pratiques de consommation soient les moins dommageables possible pour la personne elle-même et pour la société, en évitant qu’elle décède suite à une overdose, qu’elle se contamine par les virus du VIH et/ou des hépatites, qu’elle gangrène, quelle face un abcès ou une septicémie…, en diminuant les consommations sur les lieux publics ou semi-publics, en diminuant les troubles à l’ordre public et en permettant aux plus vulnérables d’accéder à des structures d’aide, d’accompagnement et de soins.

    Alors soyons tous contre les salles de shoot !

    Bernard BERTRAND

    Expert, Plate-forme Mondiale pour les SCMR

  • Salles de consommation à moindre risque : les preuves et la pratique

    La prochaine mise en place de la salle de consommation de drogues à moindre risque (SCMR) au 39 boulevard de La Chapelle fait l’objet d’une controverse que seule une approche rationnelle peut valablement résoudre. Les a priori, les principes et les postures politiciennes ne font pas avancer le débat. S’enfermer dans une logique uniquement répressive pour les questions liées à la drogue n’a jamais donné de résultats. Les trafics et les réseaux de trafiquants ont-ils disparu ces dernières décennies ? Non bien sûr. Le nier serait faire preuve d’une réelle mauvaise foi. Qui empoisonne aujourd’hui les cités Nord de Marseille si ce n’est le développement des mafias et de l’économie souterraine dont il y a fort à parier qu’aucune action de police ne viendra à bout. Faire respecter l’Etat de Droit est évidemment indispensable, la police et la justice sont là pour cela mais, concernant la drogue, ne faut-il pas y ajouter un accompagnement sanitaire des toxicomanes ? L'accompagnement des toxicomanes en grande précarité permet simplement de les extraire de l'espace public (notre intérêt en tant que résidents), tout en améliorant leur état sanitaire (dans l'intérêt général et leur intérêt en particulier).

    C’est donc une nouvelle approche de la question qu’il faut avoir. S’obstiner dans des politiques de répression coûteuses, inefficaces et même dangereuses par leurs effets secondaires (argent sale, criminalité, …) ne sert à rien.

    Action Barbès se propose de vous fournir régulièrement des informations sur le sujet afin que chacun puisse construire son opinion. Nous avons publié il y deux semaines une interview de Line Beauchesne traitant de la prohibition puis la semaine dernière un débat sur France Inter. Continuons ce travail.

    Le Consortium International sur les Politiques des Drogues (IDPC), réseau mondial pour un débat ouvert et objectif sur les politiques liées à la drogue, a publié en juin 2012 un intéressant rapport intitulé : Salles de consommation à moindre risque : les preuves et la pratique.

    Action Barbès a étudié ce rapport et vous en propose ci-après un petit résumé. Vous pouvez télécharger le rapport complet en cliquant ICI

    Le rapport est constitué de trois parties :

    - Les objectifs d’une SCMR et le contexte local des projets existants,
    - Les salles de consommation à moindre risque dans le monde : passage en revue détaillée des 8 pays qui ont lancé cette expérimentation avec conditions d’utilisation, profils des usagers et résultats,
    - Conclusions.

     

    Les objectifs d’une SCMR et le contexte local des projets existants

    L’IDPC définit les objectifs d’une SCMR ainsi :

    - améliorer l’accès aux services de santé pour les groupes d’usagers de drogues les plus vulnérables
    - améliorer leur état de santé et leur bien-être
    - contribuer à la sécurité et à la qualité de vie des communautés locales
    - réduire l’impact des espaces de consommation de drogues à ciel ouvert sur la communauté.

    Le contexte juridique dans lequel les projets ont été lancés varie bien évidemment d’un pays à l’autre et des lois ont du être votées pour permettre l’installation des SCMR. Le point crucial ici est la compatibilité entre la pénalisation de l’usage de drogues en général et son autorisation dans les SCMR. De façon assez générale, ce sont des structures locales, de proximité, qui gèrent ces projets, le cas le plus fréquent est celui de la prise en charge par une ONG. Il faut également noter que les Conventions internationales  sur le contrôle des drogues contraignent les pays ayant lancé des projets de SCMR et qu’une vraie bataille juridique à propos de l’interprétation des textes est en cours, notamment à l’ONU.

    « Les SCMR sont une façon innovante de réduire les risques liés aux drogues, tout en étant une approche controversée dans le cadre politique de lutte contre la drogue. Il est par conséquent primordial d’évaluer attentivement l’efficacité de ces établissements » nous dit l’IDPC dans son chapitre consacré aux arguments en faveur des SCMR.

    KPMG, l'un des 4 plus grands cabinets d’audit dans le monde, a publié en 2010 un rapport d’évaluation du projet australien dont voici les principaux éléments :

    Les SCMR ont eu un impact positif sur la réduction des overdoses,

    Les SCMR ont fonctionné comme un portail vers le traitement de la dépendance,

    Les SCMR ont réduit de manière significative les problèmes sécuritaires liés à l’usage de drogues à ciel ouvert et aux seringues usagées,

    Les SCMR ont contribué à une baisse du taux des nouvelles infections de VIH et d’hépatite C.

    L’Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies (OEDT) a publié quant à lui deux rapports sur les SCMR, passant en revue les informations disponibles quant aux effets des SCMR. L’OEDT a conclu que :

    Les SCMR atteignent les groupes vulnérables et sont acceptés par les groupes cibles, les communautés et autres acteurs clés,

    Les SCMR aident à améliorer l’état de santé des usagers de drogues et réduisent les comportements à risque,

    Les SCMR peuvent réduire le nombre de décès par overdose,

    Les SCMR pourraient avoir un impact sur les taux d’infection au VIH et à l’hépatite C, bien qu’il soit nécessaire de fournir des preuves supplémentaires dans ce domaine,

    Les SCMR peuvent réduire la consommation de drogues à ciel ouvert et les problèmes qui en découlent, si elles font partie d’une stratégie locale globale.

     

    Les salles de consommation à moindre risque dans le monde : passage en revue détaillée des 8 pays qui ont lancé cette expérimentation avec conditions d’utilisation, profils des usagers et résultats.

    Les 8 pays concernés sont l’Australie, l’Allemagne, le Canada, l’Espagne, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas et la Suisse.

    Il n’est pas utile de reprendre l’ensemble des informations très complètes touchant chacun de ces pays.  Sont passés en revue les sujets suivants : situation politique actuelle, concepts et objectifs des SCMR, prestations de services, profil des clients, résultats, défis et prochaines étapes.  Ceux qui s’y intéressent peuvent se référer au rapport.

    Il convient de noter qu’aucun de ces projets n’a fait l’objet d’un rejet systématique des populations et que l’expérience semble montrer que l’ordre public n’a pas été affecté par l’installation d’une SCMR.

     

    Conclusions

    Le défi auquel sont confrontées les SCMR reste aujourd’hui leur acceptabilité par les populations, notamment celles directement concernées par l’implantation d’un projet dans leur environnement proche. Ne pas prendre en considération ce problème serait une grave erreur. Les expériences menées tendent à prouver qu’une bonne pédagogie du projet doublée de réelles mesures d’accompagnement pour le maintien de l’ordre public permettent de résoudre ce problème.

    Quant aux bénéfices sur le plan de la santé publique, personne ne les conteste plus aujourd’hui.


    Liens utiles :

    Civiliser les drogues

    International Network of Drug Consumption Rooms

    Global Platform for Drug Consumption

  • SCMR, l'expérience canadienne à Vancouver

    A l'occasion des 10 ans de l'ouverture du site de salle de consommation à moindre risque à Vancouver, Radio Canada a diffusé cette interview du docteur Brian Conway qui fait le point sur cette expérimentation. Très instructif. Décidément, beaucoup à apprendre de nos amis canadiens.

    Interview Radio Canada.JPG

    Cliquer sur l'image pour faire démarrer la vidéo

    Laissez passer les pub', la suite en vaut la peine.