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Un témoignage tout frais sur le marché de Barbès...

Nous recevons régulièrement des remarques soit en direct soit dans les commentaires du blog, mais rarement des textes longs et construits, quelques fois seulement. Cette fois, nous vous le proposons in extenso car il renvoie à notre propre expérience de client du marché, plutôt de cliente d'ailleurs du samedi.

Voici donc le témoignage brute et sans photo, car nous n'étions pas sur place, cette fois-ci. 

Samedi 22 avril. Midi. Je reviens du marché de Barbès.

Au début, c’est à dire à l’entrée par le barreau Patin, un sentiment de satisfaction, voir de bien-être (!), me saisit, un espace dégagé s’offre à moi…. et aux abords de la quincaillerie qui fait l’angle, côté 10e, quatre uniformes bleus qui demandent à un étal au sol de remballer. Il remballe en maugréant. Bon point. 


Je longe à grands pas l’arrière des stands, le chemin est dégagé. Au milieu, à peu près à la hauteur des piliers du viaduc, je regagne l’allée centrale. Un bouchon comme il s’en produit régulièrement à cause des cageots des vendeurs d’herbes étrangle le passage. Je rattrape les agents de la Ville de Paris (note AB : DPSP, Circo nord) qui entre temps sont passés sur l’allée extérieure côté 10e, et leur suggère qu’ils feraient bien de dégager le gars, ses herbes et ses cageots, bref l'allée un peu plus haut. Je ne les blâme pas, et je le leur dis tout de suite, parce que demander vingt fois aux mêmes types de dégager, de les voir déplacer les cageots, danser d’un pied sur l’autre en attendant que les uniformes tournent le dos, puis revenir au même endroit, quand on n’a pas même encore quitté les lieux est éprouvant. D’autant que les hommes qui vendent les herbes sont évidemment les dernières roues du carrosse, qu’ils sont sans doute approvisionnés par des fournisseurs communs, et que ce qu’ils gagnent en 4 ou 5 heures de marché ne doit pas suffire à nourrir une famille ! Les agents de la Ville ne sont pas des redresseurs de tort non plus, ils font ce qu’ils peuvent avec les moyens qu’on leur donne, et parfois, aussi, ils baissent les bras en faisant la ronde par l’extérieur. 


A part des champignons et quatre courgettes achetés, je n’en étais qu’au début. Pour éviter le noeud gordien de l’allée centrale, je repasse — comme les agents de la Ville — sur l’arrière. Je tombe sur une palette pleine aux deux tiers de cageots de poireaux pourris. Je ne dis pas passés, avec quelques feuilles jaunies, non, pourris. Proprement invendables. Ils n’auraient même pas dus arriver jusqu’à un marché de détail. Curieuse d’en savoir plus sur ces denrées « avancées », je me suis rapprochée d’un imposant  et bruyant patron de stand, qui peu de temps avant expliquait à trois collègues attentifs à ses propos, que finalement la RATP ferait ses travaux de réfection du viaduc par tranches, et que le marché n’aurait pas à se déplacer…. Il paraissait s’en réjouir ostensiblement. En effet, le marché ne bougera pas, et nous sommes certainement nombreux à le regretter. La pression exercée par les marchands a été plus forte que les nécessités d’entretien de la RATP pour son patrimoine. Mais revenons aux poireaux. 


Après quelques formules outrancières et misogynes d’entrée en matière, le gros homme m’a demandé si je savais ce qu’était un coup de chaud ! Ses beaux poireaux avaient eu chaud dans le camion….. oui…. ça doit être ça, un coup de lune pendant la nuit !  Et de m’en montrer de plus beaux, plus gros aussi, plus frais, qui eux avaient des vertus….. pas aphrodisiaques, non, plus prosaïques que cela. Je vous laisse imaginer. Le type était d’une grossièreté sans limite, devant ses acolytes réjouis de la bonne plaisanterie. Tous n'ont pas encore saisis que les propos à caractère sexuel vis-à-vis des femmes (ou des hommes d'ailleurs !) n'ont plus leur place. Passons.


Est-ce bien cela être « populaire » ? Vendre à des populations modestes des produits semi-avariés, qui ont du mal à arriver aux domiciles de l’acheteur dans un état mangeable ? Je doute que ces patrons commerçants alimentent leur famille avec les produits qu’ils cherchent à vendre ici. Mais sans doute est-ce assez bon pour tous ces pauvres, venus du monde entier, travailler dur et tirer le diable par la queue ! D’année en année, on voit de moins en moins d’acheteurs-acheteuses du quartier, le père ou mère de famille classique, soucieux d'acheter ses fruits et légumes au marché. La tradition parisienne qui sent aussi un peu la province. Le marché a changé d'allure et de clientèle. Il suffit de prendre un des bus qui passent par le carrefour Barbès ou le métro pour voir que les acheteurs sont nombreux à venir de loin, alors qu'un marché alimentaire défend le commerce de proximité, normalement.
 
J’achète au marché de Barbès depuis plus de 25 ans — parmi mes voisins je fais figure de résistante — et je constate que la qualité diminue année après année. Il faut être très vigilant et choisir chaque fruit, chaque légume, éviter certains stands… En fait, je ne prends plus de plaisir à parcourir la longue allée du marché, et bientôt je n'irai plus. 

Commentaires

  • De la nécessité d'agir.

  • Un témoignage dans lequel je me reconnais aussi. Je n'y vais plus pour toutes ces raisons-là et le regrette aussi. Merci pour le partage de ce courrier.

  • " la RATP ferait ses travaux de réfection du viaduc par tranches, et que le marché n’aurait pas à se déplacer. En effet, le marché ne bougera pas, et nous sommes certainement nombreux à le regretter. La pression exercée par les marchands a été plus forte que les nécessités d’entretien de la RATP pour son patrimoine."
    Pouvez-vous avoir l'amabilité de nous informer là-dessus?
    Si la réponse est positive, on peut déduire que l'opinion des habitants du quartier ne valent pas grand -chose auprès des décideurs. Mille fois dommage

  • Nous n'avons pas la réponse des autorités et ne l'auront sans doute pas mais nous ne sommes pas loin de penser comme vous, à savoir que les commerçants ont exercé une pression. Nous comptions sur ce déplacement de marché provisoire pour que la ville travaille enfin à sa réduction indispensable pour une amélioration. La direction de l'hôpital Lariboisière a pourtant encore récemment alerté sur les problèmes qui ne manqueront pas de se poser quand les travaux du nouvel hôpital commenceront. Le manque de réactivité de la ville est désolant.
    Elisabeth

  • Hélas, je suis bien d'accord avec ce témoignage.
    J'aimerais tant que ce soit un marché de proximité avec des produits non avariés et sans remarque déplacée (sexiste ou homophobe). Comme dans les autres quartiers.
    J'y suis allé une une fois, cela m'a suffit - une telle violence m'a été insupportable.
    Ma seule option est de me rabattre sur l'enclave bobo du Marché Couvert de la Chapelle (place de l'Olive) où les prix sont hélas presqu'aussi élevés qu'au Marché des Enfants Rouges dans le ultra Chic 3e.
    La qualité est là, les commercants sont aimables et tolérants. Je peux me le permettre, j'en ai les moyens.
    Voilà cependant qui n'est pas la mixité sociale à laquelle je rêvais en rejoignant ce quartier.
    C'est bien désolant pour nous les habitants. Mais tant les clients du marché que les commerçants ne le sont pas. Comme c'est d'ailleurs le cas dans le Quartier Cail Louis Blanc, sale, envahi de ces enseignes moches que vous dénoncez avec raison.
    Pourquoi ne pas réduire la taille du marché, améliorer sa qualité et en faire un marché de proximité ?
    Ne peut-on pas trouver un juste milieu entre le Marché de Barbés (qui exclut les habitants) et celui de La Chapelle (qui exclut les pauvres, et qui est surnommé Marché de l'Olive par beaucoup, car Marché de La Chapelle sonne bien mal) ?

  • Bonjour ,
    En parlant du marché , j'ai l'impression que le projet "Barbès respire" est déjà fini depuis quelque temps...l'anarchie totale est de retour de plus belle comme si rien n'avait été mis en place....un écran de fumée de plus...donc rien ne changera! C'est affligeant.
    Bonne soirée.

  • L'opération Barbès Respire continue. Des informations à venir la semaine prochaine suite à notre réunion avec le chef de district lundi dernier.
    Elisabeth
    Pdte d'Action Barbès

  • Merci bien.

  • Je suis d'accord avec les précédents commentaires.
    Je ne fréquente plus ve marché depuis bien lontemps. Car la plupart des commerçants sont désagréables et cherchent, s'ils vous servent, à vous glisser des fruits avariés.

  • Je ne suis pas tout à fait d'accord avec Samy, le dernier commentateur, ou d'autres qui clouent au pilori les marchands de Barbès, du marché de Barbès. Sur l'ensemble je suis aussi très critique, l'occupation débordante de l'espace, les ventes à la sauvette qui sont bien évidemment si ce n'est encouragées au moins largement tolérées par les marchands "patentés" (sinon elles auraient disparu depuis longtemps), la qualité qui baisse, oui, encore oui ! surtout si l'on va au marché vers midi. Là c'est évident, ils ressortent toutes les cagettes de denrées passées, en retirant les plus visibles.
    En revanche, on peut acheter des produits corrects en allant assez tôt et en choisissant les produits. Il faut y aller sans a priori sur le type de fruit ou de légume qu'on va trouver. Bien regarder, et profiter de ce que ce jour-là on trouve sur les étals.
    Je dirais même qu'il vaut mieux passer la moitié du marché en allant vers La Chapelle que de rester du côté de Barbès, où certains stands vendent des produits très limite...
    Je n'ai pas encore renoncé à faire le marché, mais j'avoue que parfois je suis tentée de laisser tomber.

  • Je ne suis pas d'accord avec le commentaire négatif sur le marché de l'Olive. Nous sommes nombreux à apprécier d'avoir dans le quartier un endroit agréable, propre et bien achalandé en produits de qualité où faire nos courses. Non ce n'est pas hors de prix. Comparez avec la rue du Poteau, c'est moins cher. Le poisson y est tout à fait abordable par example. Il y a ces produits traditionnels qui nous font défaut dans le quartier.
    Alors ça c'est être "bobo"? Rien ne vous oblige à y aller, il en faut pour tous les goûts...Le qualificatif bobo s'applique par contre au "Marché" des Enfants Rouges qui...n'a rien d'un marché, en fait: très peu de stands d'alimentation, beaucoup de restaurants...

    Et comme marché de rue il y a aussi le marché Ornano qui n'est pas si mal...

  • Précision : J'aime beaucoup le Marché de l'Olive, comme vous. C'est une respiration bienvenue dans ce quartier. Je le fréquente chaque semaine. J'assume : je suis un "bobo", j'y vais parce que j'y trouve ce que j'aime, et que je peux me le permettre. Mais force est de constater que c'est quand même très cher. Un Brie a 22 euros/kg, une Féta délicieuse à 22 ou 25 euros/kg. Du paté en croute à 25 ou 30 euros le kilos, du steak haché à 15 ou 18 euros le kilo, ce ne sont pas des prix populaires.
    Mon point était le suivant : peut-on avoir, dans ce quartier, un juste milieu entre le cher et de qualité - et le pas cher mais avarié ?

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