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Un avis sur la brigade de lutte contre les incivilités

Nous avons déjà évoqué à de nombreuses reprises dans nos colonnes la mise en place de la brigade de lutte contre les incivilités. Elle est en place dans le 18e depuis plusieurs mois mais ce n'est pas encore le cas partout notamment dans le 10e. Il est donc trop tôt pour dresser un bilan.

Un de nos adhérents habitant de la Goutte d'or nous a demandé de publier un texte où il s'exprime sur la nouvelle brigade de lutte contre les incivilités issue de la direction de la prévention de la sécurité et de la protection. Ce que nous faisons volontiers même si nous ne partageons pas l'ensemble de ses propos. Nul doute qu'il provoquera des commentaires! Il a choisi de l'intituler : La brigade "anti-civilités" dans ses oeuvres.

" La Mairie de Paris l'avait annoncé, elle l'a fait : la DPSP (Direction Prévention-Sécurité-Protection), dite brigade anti-incivilités, est à l'oeuvre dans nos rues. Cette police de l'urbanité, issue d'une réforme ayant officiellement coûté 10 millions d'euros, doit compter 1800 agents, en partie prélevés dans les effectifs existants (dont ceux de la surveillance des parcs et jardins, ce qui pose quelques problèmes, et explique en partie la déliquescence de certains squares comme le jardin Alain Bashung qui ne sont plus surveillés  ) voir article du 21 juin sur le blog d'Action Barbès.
 
On peut observer actuellement l'action de la DPSP "in-vivo" dans les rues de Montmartre, en particulier rue des Trois-Frères à l'heure de l'apéritif. Des agents en civil distribuent nombre de contraventions, qui visent principalement les fumeurs qui jettent leur mégot dans le caniveau devant les bars. Les "brigadiers" ressemblent à des policiers de la BAC, tant par leur allure particulièrement anodine que par leurs méthodes. On peut même les voir "planquer", guettant un fumeur "suspect" et lui "sautant sur le poil" quand l'infraction est commise (comme les policiers en civil ils sont censés arborer un brassard au moment où ils interviennent, mais je ne les ai jamais vu le faire). Il n'y a pas d'information, pas d'avertissement (on aurait pu imaginer par exemple une campagne préalable d'affichettes prévenant que le jet de mégots ne serait plus toléré), juste une répression "aveugle". Cela n'a pas grand chose à voir avec ce que nous avait annoncé l'année dernière la mairie de Paris, par la voix de Colombe Brossel, adjointe à la Sécurité, qui déclarait : « La verbalisation n’est pas la mission prioritaire de cette nouvelle brigade », « l’objectif de cette réforme est de renforcer la présence visible des agents sur le terrain » (Le Parisien, 12/9/2016). Les très nombreuses personnes qui se font verbaliser réagissent avec tristesse : d'abord elles sont sidérées, car en général elles ne connaissent même pas l'existence de cette "police" en civil ; amères car elles ont le sentiment d'être victimes d'une injustice ; blessées souvent car l'amende est d'un montant très élevé : 68 euros - soit l'équivalent d'une journée de salaire d'un parisien "moyen" -, pour une incivilité modeste par rapport à d'innombrables autres. Même réaction de la part de commerçants sanctionnés pour peu de chose, par exemple la présence d'un panonceau présentant le menu devant un restaurant, d'autant plus que cela était jusqu'ici tout à fait admis dans la petite bulle de liberté qui est (ou était) typique de Montmartre. Le plus souvent il s'agit de commerces extrêmement modestes, par exemple une petite boutique de souvenirs, punie parce qu'elle a mis devant sa porte un simple tourniquet de cartes postales. En d'autres termes, cette répression "aveugle" est peut-être un bon moyen d'atteindre le but recherché, mais elle est tout sauf pédagogique, alors que la prévention est, officiellement, la première mission de cette brigade. De même, seuls les commerçants déclarés et les citoyens honnêtes ou naïfs sont, en réalité, sanctionnés : cette brigade n'ayant pas de pouvoirs de police, rien n'est plus simple que de donner un faux nom et une fausse adresse pour échapper au paiement de la contravention.  

Mais quand on remonte la même rue après le passage de la BSPP, ou a fortiori quand on parcourt, juste à côté, la rue des Abbesses, on est un peu surpris : devant certains commerces il y a toujours des objets non autorisés sur le trottoir, les terrasses de nombreux restaurants débordent allègrement les limites autorisées (tant mieux d'ailleurs, dès lors que cela ne dérange personne, car cela donne beaucoup de charme et de vie à ces rues), etc. Il est difficile de comprendre cette différence de traitement. De même, je n'ai jamais vu ou entendu parler, par exemple, d'actions contre les "graffeurs" qui souillent les murs de Montmartre, certains, bien connus, de manière quasi-quotidienne ; aucune action non plus, à ma connaissance, contre les petits groupes qui mènent grand train et grand bruit toutes les nuits place des Abbesses. Enfin, je n'ai jamais vu la BSPP verbaliser un fumeur ailleurs que devant un bar (cela existe peut-être mais n'a pas l'air très courant) : il faut croire que le mégot abandonné sur le trottoir par un passant est moins incivil et moins polluant que celui jeté devant un bar (alors que ces derniers sont généralement ramassés par les propriétaires après la fermeture).

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Vu de Barbès ou de la Goutte d'Or, à 300 mètres de là, la situation est assez exotique, voire hallucinante. Dans nos quartiers, n'importe qui peut déverser n'importe quoi dans la rue, y compris ses propres déjections, y compris des déchets alimentaires (certains commerces n'ont même pas de poubelles...), des artisans peuvent jeter des monceaux de gravats, etc., sans risquer, en pratique, quelque contrôle ou contravention que ce soit. Certes il y a un début de début d'essai de retour à la légalité, en sanctionnant des cas extrêmes (commerces non-déclarés, ou insalubres, ou participant au trafic d'objets volés), mais le jour est bien loin où des agents de la Ville de Paris y sèmeront l'effroi chez les jeteurs de mégots... (si vous voyez cela arriver, prévenez tout de suite Le Parisien, il pourrait en faire sa "Une", mais prévenez aussi le GIPN, cela pourrait être utile !). Pour le moment, on en est plutôt à constater que des aliments "frais" (ou périmés) sont vendus en toute illégalité mais librement dans la rue, que des commerces installés dans des locaux appartenant à la Ville de Paris se livrent au su et au vu de tous à des activités parfaitement illégales (par exemple faire de la restauration sans aucune autorisation ni respect des normes d'hygiène), que la police refuse de se déplacer en cas de tapage nocturne, etc. (voir par exemple l'édifiante tribune d'un habitant de la Goutte d'Or, publiée récemment par Le Monde le 14 juin). On sait aussi qu'à la Goutte d'Or l'un des grands fauteurs de trouble est... la Ville de Paris elle-même, car la gestion des poubelles des immeubles de Paris Habitat ne respecte pas les règlements (si votre copropriété a déjà été sanctionnée pour avoir laissé dans la rue les conteneurs verts un peu au-delà de l'heure légale, sachez que cette règle s'applique de manière "différenciée" selon les propriétaires et les adresses). Bref, inutile d'épiloguer, chacun d'entre nous, vivant dans ces quartiers, pourrait dresser une très longue liste des activités illégales ou inciviques dont il est témoin à chaque fois qu'il met un pied dehors. Car il est aujourd'hui, en pratique, beaucoup plus risqué, et beaucoup moins toléré par les autorités, de jeter un mégot rue des Trois-Frères que de dealer rue de la Goutte d'Or, à 30 mètres du poste de police et sous le regard des caméras de surveillance.

Quant à la dimension "Protection" de la BSPP, une expérience vécue ces jours-ci me laisse dubitatif : j'ai vu une agression très violente se produire non loin d'un groupe de la BSPP qui stationnait à un carrefour (quatre agents en uniforme et un véhicule). Ils n'ont pas réagi, il a fallu que des passants crient pour qu'ils daignent s'interesser à la scène. Finalement deux agents ont accompagné des victimes à la pharmacie la plus proche (elles ne voyaient plus rien, ayant reçu des jets de bombe lacrymogène à bout portant dans les yeux, ce qui peut rendre définitivement aveugle) ; les deux autres agents, comme pour se donner une contenance, ont choisi de... contrôler un vendeur de fruits installé près d'un kiosque à journaux (ce sont des militaires de la mission Sentinelle passant là par hasard qui ont décidé de remonter la rue empruntée par l'agresseur, alors que ce n'est évidemment pas leur mission). Certes la BSPP n'a pas vocation à remplacer la police, mais on peut se demander si les victimes n'auraient pas été fondées à déposer plainte pour non-assistance à personne en danger, de la part d'agents dépositaires de l'autorité publique.
 
En conclusion, il paraît évident que l'action de la DPSP, à ce jour, se concentre sur les cibles les plus faciles, les plus vulnérables, alors qu'on aurait pu imaginer qu'elle débute son activité par la répression des infractions ou délits les plus graves,  et "descende" ensuite vers des incivilités plus anodines. Et si le projet est en réalité celui de la "tolérance zéro", qu'il s'applique à tout et à tous. L'action de la DPSP obéit aussi, manifestement, à des pressions : dans le cas de la rue des Trois-Frères, de celle d'un collectif de riverains (essentiellement composé de deux personnes) qui se plaignent de nuisances causées par les bars et restaurants traditionnellement implantés dans cette rue, et harcèlent en permanence, depuis deux ans, les autorités policières et municipales (comme quoi cela peut marcher, mais il n'est pas sûr que vous obteniez le même résultat si vous habitez boulevard Barbès, rue Dejean, rue de la Goutte d'Or ou boulevard de La Chapelle !). Le "petit" problème est qu'une loi ou une règle n'est digne de ce nom que lorsqu'elle s'applique de manière indifférenciée à tous et partout. Or ici ce n'est manifestement pas le cas (on sait d'ailleurs que cette différence de traitement a même été reconnue et sanctionnée par la justice, qui, sur plainte de l'association La Vie Dejean, a condamné la ville et l'Etat pour la rupture d'égalité que constitue la défaillance des autorités à Château-Rouge). Une loi ou une règle dont l'application est "modulée" selon les lieux ou les individus, contrevient aux principes mêmes de la République, de la démocratie et des Droits de l'homme. Quand elle ne bénéficie qu'à quelques-uns, ce n'est plus une loi, mais plutôt un privilège (étymologiquement une "loi privée"), comme aux temps féodaux. De ce point de vue, il est à craindre que l'action de la DPSP n'aboutisse pas à un certain rétablissement de l'ordre républicain, mais contribue plutôt à renforcer l'arbitraire et l'injustice, ainsi que la différence de traitement en fonction de la richesse des quartiers et de l'origine de leurs habitants : selon que vous serez à l'Ouest ou à l'Est du boulevard Barbès, un même acte sera considéré comme illégal ou comme normal... "

Commentaires

  • On ne vois rien ce passer dans les rues du secteur Château Rouge la rur Doudeauville est constamment encombrée par des livraisons qui sont stockées sur le trottoir
    Il faut verbaliser ces incivilité nous ne sommes pas à rungis !!!

  • Votre commentaire est juste concernant le rôle de cette brigade et son activité dans les zones les plus dégradées du 18ème. Je ne vous rejoins pas sur les "pauvres" victimes de contravention suite à des jets de mégots par terre...il y a eu des campagnes de prévention de longue date annonçant ces verbalisations et puis au delà de ça, usage ou pas chacun devrait être capable de s'interroger sur le fait de jeter ses déchets par terre. Les mégots font pleinement partie des déchets polluants qui jonchent nos trottoirs.

  • Ah ! Ah ! Rien de nouveau sous le ciel de Montmartre. Le 18e continue à être géré comme une assoc de quartier par une bande de guignols trop bien installés dans leurs fauteuils. Au moins, El Khomri a été dégagée, mais il y a encore du boulot et du ménage à faire.

  • @ Jean-louis : bien sûr les mégots n'ont pas à finir par terre, mais cela était parfaitement admis par les autorités jusqu'à ces dernières années, ce n'était même pas considéré comme une incivilité. En revanche, certaines pratiques prohibées depuis toujours sont devenues la norme dans les quartiers populaires (comme le fait d'uriner et cracher partout), et ces pratiques ont des conséquences beaucoup plus immédiate en termes d'hygiène et de qualité de vie. De même par exemple pour l'abandon des déchets alimentaires n'importe où, qui provoque l'envahissement par les rats et la fermeture d'innombrables espaces verts, ce qui est une chose nouvelle et pour le moins inquiétante.

  • C'est une sous police, sans aucune notion d'égalité républicaine. Comme la police d la SNCF et de la RATP elle ne s en prend qu au plus faible. Jamais présente dans les gares dangereuses ne s'en prend jamais aux bandes, l activité c est mètre de PV pour non validation du pass Navigo, à la personne âgée dans la carte de réduction e St périmée depuis deux jours. Par contre la violence les bandes les vols ils s y attaquent pas car c'est pas assez facile pour eux. Ce sont des machines à cash, c'est de la spoliation

  • Pourquoi parle t'on de cette brigade? On est à dix milles lieux de cette nouveauté avec les problèmes que nous rencontrons ici...inutile de nous faire croire que cet outil nous sera de quelconque utilité....lol, j'imagine bien cette brigade demander à un des trafiquant de payer parce qu'il a jetté un mégot par terre!!!!!

  • Bonjour Action Barbès et tout d'abord un grand merci pour vos actions et notamment celle en faveur de la promenade urbaine qui pourrait tellement embellir notre quartier !
    Tout d'abord, point positif, je trouve qu'il y a beaucoup moins de vendeurs de produits illicites qui campent devant les halls d'immeubles boulevard Barbès et c'est suffisamment appréciable pour être signalé !!!
    Concernant la BSPP, j'ignorais qu'elle avait été mise en place et je ne me rappelle pas l'avoir croisée, ou peut-être n'ai-je pas fait attention. Je n'ai jamais non plus prêté attention à la somme de mégots présents sur le sol, tellement il y a de détritus divers sur les trottoirs le soir. Quand ladite brigade se chargera-t-elle de contacter les mages pour qu'ils cessent de faire polluer le trottoir avec leurs tracts ? Ils ne sont pas difficiles à trouver : leur numéro figure sur les tracts ! Quand se penchera-t-elle aussi sur les poubelles des magasins ou sur les déchets des maïs vendus illégalement sur le trottoir ? Cela me gêne infiniment plus que les mégots, même si je suis d'accord sur le fait que leur présence à terre représente une incivilité.
    J'ai lu un compte rendu d'une réunion d'Anne Hidalgo à la Mairie, je crois, concernant la saleté à Paris. Visiblement Mme Hidalgo rappelait que la propreté était l'affaire de tous. Personnellement, je suis assez d'accord. A titre individuel, je ne jette jamais rien sur le sol, ni n'urine, ni ne crache ; il m'arrive même de ramasser des canettes sous mes pieds et de les mettre à la poubelle...Donc, à part balayer moi-même le trottoir, je ne vois pas bien ce que je peux apporter comme contribution...En revanche, je vois beaucoup de gens agir différemment et je ne pense pas que ce soit mon rôle que d'aller leur expliquer de se comporter autrement ; et vu le climat d'agressivité ambiant, je ne m'y risquerai pas. Cette brigade ne pourrait-elle pas dans un premier temps faire un peu de pédagogie à Barbès ?
    Enfin, les travaux de Château Rouge s'achève et la nouvelle placette à l'air magnifique ; la mairie ou je ne sais quelle instance ne pourrait-elle pas mettre le paquet pour qu'à cette occasion le quartier devienne un endroit plus propre et agréable ? Sinon, à quoi bon faire de jolis aménagements s'ils finissent par être jonchés de détritus ?
    Bel été à vous et encore merci pour votre action

  • Ça n est malheureusement pas du tout vrai côté boulevard de la chapelle...en face du metro jusqu à la rue guy patin, aucune amelioration. Peut être faudrait il mettre le paquet sur ce tronçon. Est il possible que A.B relai ceci aux autorités? Notemment lors des reunion Barbès respire? Ce tronçon est sans comparaison avec le boulevard barbès...merci et bonnes vacances!

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