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Histoire des rues de la Goutte d'Or : le boulevard Barbès

Traditionnellement, le blog d’Action Barbès fait relâche pour l’été et quitte l’actualité de nos quartiers. Mais cette année durant la pause estivale, nous vous invitons à une promenade dans le temps à travers une série d’articles sur l’histoire des rues de la Goutte d’Or, ce quartier des faubourgs de Paris né dans la commune de La Chapelle.

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Nous achevons cette série d'articles sur l'histoire des rues de la Goutte d'Or par celui à qui notre association doit son nom : le boulevard Barbès.

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Le boulevard Barbès commence à la rencontre des boulevards de la Chapelle, Magenta et Rochechouart et il s'étire sur 835 mètres jusqu'au croisement du boulevard Ornano et de la rue Ordener. Le boulevard Barbès fait partie des travaux haussmanniens qui organisent le Paris nouvellement agrandi en 1860. Il faut donc remonter au Second Empire pour voir naître celui qui deviendra le boulevard Barbès.

En 1860, le préfet Haussmann pousse les murs de Paris qui s'étend désormais sur les communes suburbaines jusqu'aux fortifications de Thiers. Les communes de Montmartre et de La Chapelle forment le 18ème arrondissement nouvellement créé. Ces nouveaux territoires doivent être restructurés pour les connecter à un Paris déjà en cours de transformation. Ainsi il est prévu que le 18ème arrondissement soit doté d'un axe structurant qui le traverse d'Est en Ouest, ce sera la rue Ordener, et également d'un axe facilitant la communication de l'arrondissement avec le centre de la Capitale au Sud et avec la banlieue au Nord. Il est vite arrêté que ce nouveau boulevard prolongera le boulevard Magenta, qui est alors presque achevé, pour rejoindre la porte de Clignancourt. La partie entre la rue Marcadet et la porte de Clignancourt ne pose pas de problème particulier dans son exécution, par contre, entre l'ancienne barrière Poissonnière et la rue Ordener, la tâche est plus ardue car il faut franchir le flanc Est de la Butte Montmartre. La nouvelle rue Lévisse qui prolonge le début de la rue des Poissonniers dans l'axe de l'ancienne barrière offre un tracé idéal pour le nouveau boulevard, mais sa pente est telle qu'il n'est pas envisageable d'y faire passer des omnibus ou des voitures de charge. Haussmann lance donc un projet qui suit l'itinéraire de la rue des Poissonniers qu'il aurait absorbé, la déclivité étant moindre par ce tracé. En août 1861, une enquête est ouverte en mairie du 18ème arrondissement pour présenter le projet d'Haussmann aux habitants. Mais les riverains s'opposent farouchement à ce tracé trop sinueux, les habitants du cru, plus haussmanniens qu'Haussmann, préfèrent les lignes droites. Pour ce faire, ils préconisent de suivre le tracé rectiligne de la rue Lévisse mais en abaissant le niveau de la rue pour réduire la déclivité. 

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Le tracé du premier projet d'Haussmann suivant la rue des Poissonniers, plan Perrot 1867

 

Une fois n'est pas coutume, la population est entendue et Haussmann modifie son projet pour l'adapter au voeu des habitants. Une nouvelle enquête est ouverte en janvier 1862 proposant un tracé tel que nous le connaissons aujourd'hui, passant par la place du Château Rouge. Le nouveau boulevard projeté de 30 mètres de largeur absorbe le début de la rue des Poissonniers et la rue Lévisse dont seuls les numéros pairs subsisteront.

Le 23 mai 1863, un décret d'utilité publique autorise le percement d'un nouveau boulevard entre l'ancienne barrière Poissonnière et la porte de Clignancourt, une artère qu'on nomme d'abord boulevard Magenta prolongé. La totalité du boulevard prend le nom de boulevard Ornano en 1867, en hommage au comte Philippe Antoine d'Ornano (1784-1863) qui fût maréchal de France et gouverneur des Invalides. Dans le même temps, on projette l'ouverture de la rue Custine, qui parachève le démantèlement du parc du Château Rouge (voir l'article sur la rue Myrha).

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Les travaux de percement du nouveau boulevard vont s'étaler de 1863 à 1868. Dans l'Assommoir dont l'action se déroule au coeur de la Goutte d'Or, Émile Zola évoque le percement de ce boulevard : "On bouleversait le quartier, cette année-la. On perçait le boulevard Magenta et le boulevard Ornano, qui emportaient l'ancienne barrière Poissonnière et trouaient le boulevard extérieur. C'était à ne plus s'y reconnaitre. Tout un coté de la rue des Poissonniers était par terre. Maintenant, de la rue de la Goutte-d'Or, on voyait une immense éclaircie, un coup de soleil et d'air libre; et, à la place des masures qui bouchaient la vue de ce coté, s'élevait, sur le boulevard Ornano, un vrai monument, une maison à six étages, sculptée comme une église, dont les fenêtres claires, tendues de rideaux brodés, sentaient la richesse. Cette maison-là, toute blanche, posée juste en face de la rue, semblait l'éclairer d'une enfilade de lumière."

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Le boulevard Ornano achevé, plan Andriveau-Goujon, 1869

 

Les travaux entrepris sont de grande envergure, notamment par les opérations de terrassement qui doivent abaisser considérablement le niveau du sol. La plupart des immeubles jouxtant le boulevard côté pair, bien qu'alignés sur le nouveau tracé (l'élargissement s'opère du coté impair), sont promis à la démolition et à la reconstruction, le décaissement de la chaussée mettant à nu les fondations des immeubles. Cependant, à l'angle de la rue Doudeauville, un immeuble va faire l'objet d'une opération particulièrement spectaculaire et audacieuse. En effet, pour palier cette baisse de niveau du sol, cet immeuble va être "surélevé" d'un étage mais par le bas ! Après avoir solidement étayé le bâtiment, le soubassement est repris, des nouvelles fondations sont établies plus bas, l'ancien rez-de-chaussée se retrouve ainsi au premier étage de l'immeuble, et enfin, la façade est reprise pour unifier l'ensemble. L'exploit technique est alors salué comme il se doit par la presse spécialisée, comme en témoigne un article des Annales Industrielles de 1869, dont nous reproduisons les schémas ci-dessous. On peut encore constater la qualité de la réalisation presque un siècle et demi plus tard, l'immeuble en question continuant paisiblement son existence au 64-66 boulevard Barbès.

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Le 64 boulevard Barbès, août 2017

 

D'autres immeubles ont été également "surélevés par le bas", mais de manière moins spectaculaire et sur une hauteur moindre, seule leur porte d'entrée exagérément haute témoignant de ces transformations. 

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Les portes d'entrée "sous-baissées" du 52 et 54 boulevard Barbès, août 2017

 

Le boulevard Ornano est très vite bordé de nouveaux immeubles dont la plupart subsistent aujourd'hui. On y bâti l'église luthérienne de Paris au numéro 90, l'église Saint-Paul qui est inaugurée en 1897.

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En 1882, le boulevard Ornano est divisé en deux tronçons, le premier, du boulevard de la Chapelle à la rue Ordener prenant le nom de boulevard Barbès, le reste de la voie gardant le nom de boulevard Ornano. Le boulevard rend hommage à Armand Barbès (1809-1870), né à Pointe-à-Pitre, qui était un homme politique français surnommé le "Bayard de la République".  

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Très vite ce nouveau boulevard va développer une activité commerciale de grands magasins, de mobiliers notamment. C'est un certain monsieur Crespin qui, en ouvrant en 1856, d'abord du 11 au 15 rue des Poissonniers et ensuite boulevard Ornano, le Palais des Nouveautés, va impulser cette vocation marchande dans le secteur. C'est lui aussi qui invente ici une idée qui fait recette aujourd'hui encore : le crédit à la consommation.

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L'établissement de Crespin va se développer pour devenir ensuite le grand magasin Dufayel, dont la majorité des bâtiments subsistent aujourd'hui, mais dont nous devons déplorer la perte de la totalité des aménagements intérieurs qui comptaient des écuries, un théâtre, un palmarium... Les bâtiments qui abritent aujourd'hui notamment le siège de la banque BNP-Paribas et le magasin culturel Gibert-Joseph et qui s'étendent entre le boulevard Barbès, la rue Christiani, la rue de Clignancourt et la rue de Sofia témoignent de l'importance de ce grand magasin qui a fermé ses portes en 1930.

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Notons également l'implantation de plusieurs enseignes qui se sont succédées sur le boulevard, comme les magasins À la Maison Dorée qui sont installés aux numéros 35,37,39,41 et 43 du boulevard Barbès (mais aussi aux 2,4,6,8,10,12 et 16 rue Custine et 81,83,85,87,98 et 100 rue Doudeauville) et qui possédèrent un grand hôtel au 66, le fameux immeuble "surélevé par le bas" évoqué plus haut .

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Signalons enfin les Galeries Barbès et le Bonhomme Ambois leur mascotte, au 55, et bien évidemment le magasin Tati au numéro 1, créé plus récemment.

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Catalogue des Galeries Barbès 1928

 

Nous finirons notre promenade sur le boulevard Barbès et à travers l'histoire des rues de la Goutte d'Or sur une note un peu désuète, avec la chanson du Bonhomme Ambois et les publicités des Galeries Barbès.

 

 

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