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Prévention, tranquillité, sécurité

C'est le thème choisi par  Bertrand Delanoë, qui cette année pour la seconde fois présente son compte rendu annuel de mandat en déclinant des sujets importants pour la vie de la cité. Après le conseil de quartier Château Rouge-Goutte d'Or que nous décrivions ici même samedi 22, on peut penser que l'ambiance sera un peu houleuse à la mairie du 18e ce soir, à 18h30.

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Les élus du 18e connaissent bien les problèmes que rencontrent les habitants de certains quartiers du 18e. Nous pensons sincèrement qu'ils ne cherchent pas à détourner les yeux. La situation est complexe et relève de nombreuses approches. Les solutions ne sont pas immédiates.

En revanche, nous estimons que dans une ville comme Paris, la séparation des pouvoirs de police et d'administration ne favorise pas l'analyse objective de la délinquance, de ses causes, de l'environnement social dans lequel elle prospère, de l'observation minutieuse des délits qui font exploser les bilans... Vous voulez un exemple ?

Souvenez-vous des chiffres des vols à l'arraché, à la roulotte, avec violence ou non de la fin du mandat de Lionel Jospin, quand Daniel Vaillant justement était ministre de l'intérieur, au tout début de la mandature Delanoé comme maire de Paris. D'un côté, les élus de droite, leur candidat qui prétendait à un second mandat à la présidence de la République, les montraient du doigt aussi souvent que possible. Et ce n'était pas mentir. De l'aute côté, Vaillant pointait les vols de téléphones portables qui n'étaient pas encore marqués par les fabricants, donc difficiles à bloquer, etc. ceux qu'on ne volerait plus maintenant, les bons vieux portables qui faisaient à peine des photos... Et bien sûr la mise en place de la police de proximité qui facilitait le dépôt de plaintes. Aujourd'hui, Claude Guéant accuse les smart phone de faire monter les chiffres, affirmant par ailleurs que tout baigne... Le commissaire Clouzeau expliquait en conseil de quartier que téléphoner dans la rue avec un smart phone était comme agiter un billet de deux cents euros à bout de bras. "D'un autre côté, s'il faut se cacher pour téléphoner...," ont rétorqué des habitants. Idem pour les colliers en or, il faudrait ne plus les porter à l'extérieur, car ces vols là aussi font monter les chiffres de la criminalité. C'est certain. Mais ce n'est pas nouveau non plus, déjà dans la forêt de Bondy, à une autre époque.... et les bas-fonds parisiens ont aussi leur petite réputation. C'est le propre des statistiques de révéler des chiffres. Parfois, ils ne sont pas bons pour qui est aux mannettes.

Une autre conséquence de ce pouvoir à deux têtes est la gestion des agents de surveillance de la Ville de Paris, les ASP, que la mairie finance mais dont le préfet a seul, ou à peu près, la maîtrise. Nous avons été surpris lors de la réunion publique de Goutte d'Or Château Rouge de constater combien sont nombreux les habitants qui ignorent cette disposition. Presque tous incriminent la mairie quand ils rencontrent des problèmes de sécurité dans leur quartier. Ils reprochent, par exemple, à leur maire les horaires trop limités des patrouilles de médiateurs de nuit qui ont été mises en oeuvre dans le 18e justement, par la Ville. Aux frais des contribuables parisiens naturellement, qui parallèlement participent au budget de l'état qui va à la police nationale, sensée faire régner la tranquillité dans notre capitale.

A lire cette page du site de la Ville, pour savoir qui est responsable de quoi... :

Des pouvoirs de police reconnus au Maire de Paris
Pour  des raisons historiques mais aussi politiques, les auteurs des deux statuts de 1975 et 1982 n’avaient pas souhaité, dans un premier temps, transférer au profit du Maire de Paris, les attributions du Préfet de police définies dans l’arrêté des consuls du 12 messidor an VIII (1er juillet 1800).
La loi du 29 décembre 1986 a modifié cette donne en reconnaissant au Maire de Paris un pouvoir de police en matière de salubrité sur la voie publique et la charge du maintien du bon ordre dans les foires et marchés.
Par ailleurs, aux termes de la loi du 27 février 2002 (article L.2512-4 modifié du CGCT), le Maire de Paris dispose désormais d’une compétence générale pour tout ce qui relève de la circulation et du stationnement à Paris.
Le Préfet de police exerce, pour sa part, une compétence d’attribution de trois ordres.
1) « Pour tenir compte des conditions de circulation dans l’agglomération parisienne et en région Île-de-France », il reste compétent pour fixer les règles de circulation et de stationnement sur certains axes importants énumérés par le décret n° 2002-810 en date du 2 mai 2002 (ex : boulevard périphérique, voie Georges Pompidou, avenue des Champs-Elysées). Le maire de Paris est alors consulté sur tous les projets d’arrêtés pris par le préfet de police.
2) « Pour des motifs d’ordre public ou liés à la sécurité des personnes et des biens ou pour assurer la protection du siège des institutions de la République et des représentations diplomatiques », il réglemente les conditions de circulation et de stationnement sur des portions de voies ou dans des périmètres définis par l’arrêté n° 2002-1076 du préfet de police, en date du 6 mai 2002, publié au BMO du 14 mai 2002 (ex : Ambassade des États-Unis, Île de la cité…).
3) « En cas de manifestation de voie publique à caractère revendicatif, festif, sportif ou culturel », le préfet de police conserve la police de la circulation et du stationnement. Toutefois, les arrêtés adoptés à cet effet ont un caractère temporaire et sont pris après avis du maire de Paris.
Pour assurer l’exécution et le respect des règles définies en matière de circulation et de stationnement, l’article L.2512-14 in fine du CGCT prévoit que des agents de la Ville de Paris pourront ainsi être placés sous l’autorité du Préfet. A cette fin, 400 agents de surveillance de Paris (ASP) ont été recrutés dès 2001. Aptes à dresser des contraventions pour toutes les infractions aux règles de la circulation, ils ont également pour mission de verbaliser dans le domaine de la propreté ou des nuisances sonores (article L.2512-16-1 du CGCT).

Au risque d'abuser de votre temps de lecture pour ce jour, je voudrais encore vous proposer un extrait du t11_logo.gifrapport de la commission d'enquête n° 340 (2001-2002) du Sénat sur la délinquance des mineurs déposé le 27 juin 2002. Bien que datant de 2002, elle est très instructive et d'une étonnante actualité.

Les victimes des mineurs sont souvent des mineurs (lien): Entendu par la commission d'enquête, M. Jean-Marie Petitclerc, éducateur spécialisé, s'est ainsi exprimé : « (...) On présente souvent les jeunes comme étant les acteurs, les facteurs, les auteurs de cette violence. N'oublions pas qu'ils en sont les premières victimes et que 80 % des actes de violence commis par les mineurs le sont à l'encontre d'autres mineurs ! Quatre faits sur cinq ! Autrement dit, dans notre pays, le climat de violence qui règne est ressenti quatre fois plus douloureusement par les mineurs que par les adultes...»

Les mineurs délinquants sont souvent des victimes (lien): «...victimes de l'indifférence, de coups, de maltraitance et d'abus sexuels, les enfants reproduisent à l'extérieur ce qu'ils vivent chez eux. De nombreux délinquants ont ainsi, en même temps qu'un dossier de délinquance, un dossier d'assistance éducative tant leur vie, leur famille, est difficile et tant ils sont dans un mal-être qui entraîne un mal-faire », déclare Mme Marie-France Ponelle, responsable de l'antenne des mineurs du barreau de Paris.

Une surdélinquance des jeunes issus de l'émigration : (le rapport du Sénat osait cette affirmation, rarement repris par les responsables de façon aussi ouverte : lien) ces jeunes cumulent certains facteurs associés à la délinquance : une plus faible supervision parentale, une résidence plus fréquente dans le parc HLM hors centre-ville, un niveau de revenu et de scolarisation faible des parents, un absentéisme scolaire plus élevé, explique le sociologue auditionné, Sébastian Roché, qui a conduit en 2000 une enquête sur le sujet.

La déclaration de M. Malek Boutih, président de SOS racisme à l'époque, entendu également devant la commission d'enquête, pourrait être actuelle, plus de dix ans après :

« Beaucoup de raisons expliquent pourquoi il y a plus de « bronzés » que de blancs dans les centres de jeunes détenus, mais ce ne sont pas des éléments culturels ; ce ne sont pas des sourates du Coran ni leurs parents qui les poussent. Il faut même faire très attention dans les discours lorsqu'on insiste sur la responsabilité des parents. Que se passe-t-il lorsqu'on a des parents très sévères dans le quartier ? En dernier ressort, quand ils n'en peuvent plus, ils mettent le gosse à la porte, donc à la rue. (...)

« Par ailleurs, dans les familles d'immigrés, les enfants prennent très vite le pouvoir. Déjà, d'une manière générale en France, le rapport au savoir a tendance à s'inverser en raison des modifications technologiques, des nouveaux rapports urbains, et les jeunes générations ont parfois une meilleure connaissance que leurs parents de la société. Alors, chez les immigrés, imaginez !...

« Je n'ai pas envie que les enfants d'immigrés, qui constituent ce que j'appelle la nouvelle génération de Français, deviennent les noirs américains de notre société, qui ne soient bons qu'à faire du sport ou des films et, pour le reste, passage par la case « prison ». Je sais que la vie est dure, que la société est dure, qu'il y a beaucoup d'injustice. Mais je ne crois pas que les comportements de violence aident à s'en sortir. A l'inverse, ces comportements structurent, organisent la violence et l'implantent définitivement dans la société ».

L'intégralité du rapport est accessible ici.

Commentaires

  • J'étais présent hier soir. Je m'attendais à une ambiance plus délétère !

  • C'est vrai. Les habitants venus au conseil de quartier Goutte d'Or Chateau rouge auquel Myriam El Khomri a fait allusion ne se sont pas déplacés. Quel sens donner à cette absence ? Et quelle cause ? La pluie, l'éloignement, la désillusion, l'heure de la réunion... 18h30, c'est bien tôt pour beaucoup de gens. Qu'en pensez-vous ?

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