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La démocratie : représentative ou participative ? Les deux svp !

« La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement un bulletin dans une case, à déléguer les pouvoirs à un ou plusieurs élus, puis à se désintéresser, s’abstenir, se taire pendant cinq ans. Elle est action continuelle du citoyen et requiert à ce titre sa présence vigilante »

Pierre Mendès France dans la République moderne publié chez Gallimard.

 

Bertrand Delanoë nous l’a promis pendant la campagne électorale, Jacques Bravo nous a annoncé des bonnes surprises pour bientôt, la démocratie locale va se développer à Paris et dans le 9ème en particulier.

 

Dans ce contexte, la lecture du dernier essai de Loïc Blondiaux intitulé Le nouvel esprit de la démocratie ne manque pas d’intérêt. Certes, on peut reprocher à l’auteur un parti pris certain pour le développement de la démocratie participative et son manque d’esprit critique sur certains points mais l’état des lieux qu’il brosse et les perspectives qu’il envisage méritent attention.

L’auteur essaie tout d’abord de nous préciser l’idée de démocratie participative dont il reconnaît qu’elle reste une « notion floue ». Venant autant si ce n’est plus d’une réaction de défiance envers la démocratie représentative, ce nouveau concept qui a vu le jour dans les années 70 un peu partout dans les pays démocratiques, a un côté paradoxal dans la mesure où il ne fait pas l’objet d’une demande sociale explicite et qu’il est en général géré par les élus eux-mêmes dont l’auteur précise que « tout indique que les élites politiques, en France tout particulièrement, et en dépit de leurs proclamations, restent attachés à une pratique exclusivement représentative du pouvoir, dans laquelle la participation ne peut se concevoir que sous une forme extrêmement encadrée et comme un simple adjuvant de la démocratie représentative ». C’est le plus souvent au niveau local que l’on expérimente la démocratie participative et le faible niveau de participation pose la question de la légitimité de ces instances.

Loïc Blondiaux dénombre trois modèles participatifs. Le modèle dit « du budget participatif » avec comme exemple emblématique ce qui a été fait à Porto Alegre, celui dit « du débat public » et enfin le modèle dit «  du jury de citoyens ». Si le premier a eu beaucoup de succès notamment au Brésil, c’est qu’il est décisionnaire alors que les deux autres ne sont que consultatifs. Encore faut-il distinguer aussi bien pour le débat public que pour le jury de citoyens toutes les formes qui peuvent en émaner en fonction des sujets traités et de l’implication des citoyens eux-mêmes.

Viennent ensuite les inévitables questions : ce processus participatif est-il bien démocratique ? Quelle en est la légitimité ? Ces dispositifs ne reproduisent-ils pas les inégalités politiques existantes ? Quelle en est la véritable influence ? Et surtout se pose la difficile question de la responsabilité.

Il y a aussi des raisons d’espérer : « la revendication grandissante d’un droit à l’expression politique de la part d’une fraction de citoyens, et l’exigence qu’ils font peser sur les gouvernements de rendre des comptes sur l’exercice de leur mandat », « une exigence croissante d’inclusion et de transparence, portée par des mouvements sociaux mais aussi par des individus isolés qui revendiquent une autonomie par rapport au système politique institutionnel ».

« La démocratie participative, sous sa forme actuelle, doit être pensée comme une confrontation dans laquelle un mouvement continu de demande de droits rencontre des tentatives de cadrage politique de la part des pouvoirs en place » nous dit l’auteur qui conclut en disant par une belle formule « En démocratie, l’aptitude à juger des affaires politiques doit être considérée une fois pour toutes comme universelle ».

 

Tout cela peut sembler un peu loin de nos modestes Conseil de quartier mais il n’en est rien. Seul un juste équilibre entre représentation et participation peut nous aider à redonner à la politique, c'est-à-dire à la vie de la cité, un sens qu’elle a perdu depuis quelques années et nul ne doit douter que, comme pour l’environnement, c’est à chacun d’agir.

oOo

Loïc Blondiaux – Le nouvel esprit de la démocratie – La République des idées au Seuil – 10.50€

 

En complément, pour ceux que le sujet intéresse, Pierre Rosanvallon – La contre-démocratie - Points n°598 au Seuil 9.50€

Commentaires

  • A voir aussi la dernière note de la Fondation Jean-Jaurès sur le fonctionnement des jurys citoyens en Allemagne.


    http://www.fondatn7.alias.domicile.fr/bdd/doc/noteweb12final.pdf

  • Un peu théorique tout ça. J'aurais aimé des exemples.

    Ce qui est un peu gênant dans l'opposition "participatif" / "représentatif" c'est qu'on scinde en deux la démocratie et qu'on induit l'idée qu'il y en aurait une vraie et une autre revivifiée, plus "proche des gens" (la participative, bien sûr).

    On peut rapprocher ça du dossier de Marianne sur la tyranie des minorités.
    Le problème du participatif (on le voit, je crois, dans les conseils de quartiers) c'est qu'il débouche très vite sur le lobbying, la pression des minorités (de bloquage, souvent).

    Au fond, il n'y a qu'une démocratie; c'est quand le peuple se réunit sur la place du village et que tout le monde vote (façon votation suisse). Mais comme c'est impossible en pratique, on doit trouver des accommodements.

  • L'auteur n'oppose pas représentatif et participatif - il dit que l'un est ou pourrait être complémentaire de l'autre.
    La tyrannie des minorités n'est pas spécifique au participatif : le maire de mon arrondissement est certes élu avec 63% des exprimés mais ces mêmes exprimés ne représentent qu'un peu plus 50% des inscrits. Je te laisse faire les calculs ! Donc dire que le participatif souffre de ce problème sans reconnaitre que le représentatif en souffre aussi, c'est clairement accuser son chien de rage pour vouloir le tuer.
    Enfin la question du théorique : il est dans la pensée dominante qu'il faut être efficace, pragmatique, concret. Eh bien non, il faut aussi penser, parler, rêver. Les penseurs de la première moitié du 19e siècle parlaient du suffrage universel - c'était théorique - et bien nous y sommes.

  • « La démocratie participative apparaît comme un "remède à la crise du politique". C'est le constat sur lequel se sont accordés les participants à la conférence organisée en mars 2004 par le comité économique et social européen intitulée "Démocratie participative : état et perspectives ouvertes par la Constitution européenne". »
    Démocratie participative c’est un pléonasme ?
    C’est en principe une concertation entre citoyens et élus. C’est la structure qui existe au sein des conseils de quartiers. Compte tenu de ce qui précède, la « démocratie participative », devrait en fait se nommer « démocratie locale ». Depuis que ces conseils (organes uniquement consultatifs) ont été mis en place, on mesure les limites de ce type de démocratie : réponses locales à des difficultés de proximité. Compte tenu du statut de Paris (poids décisionnaire du conseil de Paris et, le faible pouvoir des Maires d’arrondissements), les C.Qs ont (avaient) un rôle relativement limité. Nous sommes très loin de « Porto Alegre » forme de « représentative directe ».
    Démocratie directe c’est l’assemblée du peuple réuni qui prend directement les décisions. Dans l’histoire plus ou moins lointaine des exemples ont existés :
    - Athènes limité aux « hommes libres ». Car les esclaves, les étrangers et, les femmes étaient exclus.
    - Les sections de quartier dans la Commune de Paris de 1871.
    - Les premiers soviets du début de la révolution russe de 1917.
    Cette forme de démocratie est donc très éloignée de notre « démocratie représentative ». C’est la démocratie que nous pratiquons et, qui nous permet d’élire nos députés, maires etc… Selon le mode de scrutin, cette forme est plus ou moins « démocratique » (représentation proportionnelle ou majoritaire).
    La combinaison (cohabitation) de la « « démocratie locale » au sein de la « démocratie représentative » est l’illustration d’un travail long, laborieux qui aboutit à de maigres résultats, comparable au « mythe de Sisyphe ».
    Pour que le peuple prenne en main son destin (ses affaires) faut-il une seule « démocratie directe » ?
    Là nous changerons de société

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